Hendaye, 23 janvier 2013

Ressources numériques pour les lettres classiques

Ressources numériques pour les lettres classiques

15 jan, 2013

Alexandre Roffaré, enseignant de lettres classiques au collège Ernest Gabard de Jurançon, animera le 23 janvier un atelier sur les ressources numériques pour les lettres classiques. Il nous décrit son intervention :

Les nouvelles technologies permettent un renouvellement de l’enseignement des langues anciennes, et une adaptation à un public plus large. La mise à disposition de matériel et d’outils de qualité et performant obligent à utiliser, à détourner et/ou à créer des ressources, nouvelles pour beaucoup : entre manuel vidéo projeté, sites disciplinaires et créations propres, les pratiques numériques invitent à faire le lien entre les ressources, les outils, le contenu des activités proposées dans le cadre de l’enseignement des langues anciennes.

 

Le numérique en lettres, interview d’Olivier Massé

Le numérique en lettres, interview d’Olivier Massé

11 jan, 2013

L’utilisation du numérique pour l’enseignement des lettres sera largement évoqué lors de la journée du 23 janvier : présentation de Selinum par Olivier Massé, sélection de ressources pour les lettres classiques par Alexandre Roffaré, démonstration d’un manuel libre et gratuit pour tablettes, par son auteur, exposé de Jean-Yves Bouton sur l’utilisation des cartes mentales, en lettres et au-delà, sans parler de tous les ateliers plus trans-disciplinaires qui pourront intéresser les enseignants de lettres…

Cette importance des lettres nous a amenés à interroger M. Massé, IA IPR de lettres dans l’académie de Bordeaux, sur l’utilisation du numérique dans cette discipline.


- On a parfois une vision un peu stéréotypée du professeur de lettres attaché au livre et à l’odeur de l’encre, peu intéressé par la technique, voire franchement hostile. Cette représentation correspond-elle aux enseignants que vous rencontrez lors de vos inspections dans les établissements de l’académie ?

Clairement non, elle ne correspond pas à ceux que je rencontre. Toutefois, dans la mesure où tous n’ont pas accès aux technologies, de fait, beaucoup peuvent travailler avec un livre sans problème, tout en étant tout à fait ouverts aux nouvelles technologies. Ils ne les connaissent pas forcément, c’est vrai, mais je crois que leur réticence n’est pas supérieure à celle du grand public : beaucoup de personnes évoquent l’attachement au papier, qui ne sont pas spécialement des professeurs de lettres. On a des idées préconçues à ce sujet.

Le fait est que parfois, dans les établissements, on équipe d’abord d’autres disciplines, parce qu’elles sont demandeuses, parce que leur programme demande une intégration du numérique et que les professeurs de français peuvent faire sans. Mais beaucoup aiment faire avec et c’est un plus. Par exemple, les professeurs de langues anciennes sont souvent férus de technologies et à la pointe, ce qui renverse un peu l’idée préconçue. Ce sont souvent eux qui ont déjà intégré le numérique parce qu’il existe des sites attractifs, parce qu’il y a des questionnaires, des images, qu’ils utilisent depuis longtemps.
En outre, c’est aussi toute la scolarité qui est attachée à l’écrit avec stylo et papier, et la préparation aux examens nécessite que l’élève travaille avec une copie et un stylo.

- Quels aspects des TICE sont particulièrement pertinents pour l’enseignement des lettres ?

Il y en a plusieurs : on peut citer l’image, les lectures avec des aides, des tailles diverses, des adaptations, en particulier pour certains élèves avec des difficultés de dyslexie ou autre.

Mais ce qui est le plus convaincant, pour moi, c’est l’écriture et le fait de pouvoir récrire facilement son propre texte : avec l’informatique d’une manière générale (même le simple traitement de textes le permet), on est moins attaché à l’idée qu’un texte est parfait dès le début, ce contre quoi les professeurs luttent quotidiennement. Un texte n’est jamais parfait dès le début, mais quand on regarde des textes d’auteurs, on ne voit pas toutes leurs réécritures, on voit tout de suite le travail achevé. Du coup, cela peut créer l’impression qu’un auteur écrit tout d’un coup, ce qui est évidemment faux.

Un des plus gros problèmes qui se pose dans la didactique du français est « Comment retravailler le texte ? ». Il se pose avec un stylo lorsqu’on rature, avec l’idée du brouillon, qui fait sale, qui n’est pas forcément très digne. Il est donc difficile d’intégrer cette dimension. Alors qu’avec les traitements de textes, le travail est propre. L’habitude de revenir sur le texte, le copié/collé, l’effacement font partie intégrante du processus d’écriture. Cela entraine une grande déculpabilisation par rapport aux erreurs, que tout le monde fait dans le processus d’apprentissage.
L’écriture peut aussi être collaborative, parce qu’avec certaines technologies on voit plusieurs écrans à la fois, que le professeur peut voir ce que fait l’élève directement. C’est un progrès considérable.

- Quelle évolution voyez-vous pour les TICE en lettres (autrement dit, y a-t-il un outil, une technologie, une pratique qui vous semble avoir un avenir particulier ?)

On évoque les jeux sérieux, qui peuvent être intéressants dans le cas de questionnaires de lecture, de défis-lecture.

Le fait de pouvoir combiner plusieurs sens, à la fois la vue et l’ouïe, par exemple, comme avec les tablettes tactiles, ou d’autres applications qui vont se développer, peut rendre les choses plus vivantes certainement.

Jean-Yves Bouton sur les cartes mentales en classe

Jean-Yves Bouton sur les cartes mentales en classe

10 jan, 2013

Jean-Yves Bouton, professeur de lettres classiques et formateur associé, a mené un travail de recherche sur l’utilisation pédagogique des cartes mentales. Nous l’avons rencontré aux rencontres « Au doigt et à l’œil » organisées par l’ANAE. Il nous a donné quelques précisions sur cet outil encore peu utilisé en classe. Il animera un atelier intitulé « Les cartes mentales numériques, un atout pour la connaissance des processus d’écriture » lors de la journée du numérique

Qu’est-ce qu’une carte mentale ?
C’est un objet qui peut être manuscrit ou numérique et qui associe 2 éléments, à savoir l’élément graphique et l’écriture. En jouant sur ces deux aspects on va construire un objet auquel on va pouvoir donner toutes sortes de fonctions. C’est ce qui fait l’intérêt de ces outils, qui sont une sorte de projection de la boîte noire intérieure de celui qui l’utilise.

Quelle différence faites-vous entre une carte heuristique, une carte cognitive et une carte conceptuelle ?
Une carte heuristique va permettre de résoudre un problème, de chercher, d’essayer de trouver quelque chose.

Une carte conceptuelle essaie de faire le tour d’un concept. Ce peut être un concept linguistique, un concept scientifique, ce peut être aussi une question de droit. Par exemple, je me suis interrogé sur la culpabilité de Médée et la place de Jason, dans la tragédie d’Euripide : une carte mentale permet de mettre clairement en valeur la culpabilité de Jason. On le savait déjà empiriquement, mais on en a la preuve avec la carte.

Une carte cognitive sera plutôt un moyen d’apprentissage. Je vais faire une carte conceptuelle dans un premier temps, pour faire le tour d’une question, par exemple le verbe, en français, en latin ou en grec, la carte devient ensuite un objet d’apprentissage, elle devient dans ce cas cognitive, parce qu’elle va jouer sur la mémorisation, sur l’observation, la classification, la hiérarchisation des idées.

Donc le même objet, la même carte, peut être tour à tour heuristique, conceptuelle et cognitive.

Comment en êtes-vous arrivé à vouloir étudier cette question ?
J’y suis venu en deux étapes : j’ai eu un premier contact avec les cartes conceptuelles il y a très très longtemps par l’intermédiaire de Christophe Tauzin du CATICE (Centre académique des TICE du rectorat de Bordeaux), qui nous a présenté les cartes heuristiques. A cette époque, étant donnée mon histoire personnelle et l’impression d’être toujours dans le brouillon, j’ai rejeté cet outil comme étant trop intuitif et donc trop éloigné de ce qu’on pouvait attendre des élèves et j’avais peur de créer de la confusion là où il y en avait déjà trop.

Deux ans plus tard, une collègue m’a contacté pour participer à une recherche INRP sur les supports et plus précisément, pour l’équipe de l’IUFM de Bordeaux IV, sur les cartes mentales. Donc je me suis retrouvé dans cette équipe plus par affinité que par goût pour les cartes et j’ai découvert un univers qui m’a intéressé.

Quels sont les avantages pédagogiques de ces outils ?
Ils sont nombreux et fonction encore du rôle qu’on va donner à la carte.

D’abord c’est un outil de recherche, parce qu’il permet de creuser, de développer par arborescence des idées, donc il permet d’aller dans l’approfondissement d’une question. C’est l’aspect heuristique.

Ensuite ils ont un aspect très intéressant qui va être utilisé dans la hiérarchisation, l’organisation des idées. On va pouvoir d’abord développer et en même temps reclasser, faire remonter des niveaux, changer des niveaux de hiérarchie, passer le 1 en A etc. De ce point de vue, ce sont des instruments qui permettent d’organiser la pensée.

Ensuite, il faut noter l’avantage de l’aspect graphique pour l’apprentissage. Les cartes cognitives sont donc un moyen d’apprentissage intéressant pour les élèves, qui permet de visualiser, de retenir. Le principe est d’agir sur les deux hémisphères, la sphère plutôt analytique et la sphère plus émotionnelle, sensuelle, de l’hémisphère droit du cerveau.

Dans quelles classes avez-vous expérimenté ces outils ?
Je les ai utilisés en classe de Seconde et de Première. En Première, dans le cadre de l’écriture du commentaire littéraire : dans une démarche à la fois heuristique, bien sûre, et conceptuelle, parce qu’on va réorganiser les idées dans l’intention de faire un plan. Je l’utilise en français, beaucoup moins en langues anciennes, à part dans l’exemple de Médée dont je parlais tout à l’heure, parce que je pense que le support ne s’y prête pas particulièrement tant qu’on est dans une démarche de traduction. Mais ils peuvent être bien sûr être utilisés dans une démarche de lecture analytique, en langues anciennes.

Avez-vous constaté des résultats qui pourraient être transposés à d’autres disciplines que les lettres ?
Sur l’organisation, ces outils peuvent être utiles pour tout ce qui est du domaine des sciences humaines, qu’il s’agisse de la dissertation de philo, l’organisation des idées, l’argumentation dans le cadre du paragraphe argumenté en histoire, la dissertation, en éco-droit, en Sciences économiques et sociales et ainsi de suite, pour toutes les disciplines qui ont une forte présence de l’écrit. et d’un écrit dont les attentes scolaires sont extrêmement normées. La possibilité d’agir sur la hiérarchie, sur des arborescences, conduit à organiser et à travailler sur l’argumentation, sur l’organisation de l’écrit.