Hendaye, 23 janvier 2013

Selinum, un serveur de livres numériques académique, fonctionnement et usage

Selinum, un serveur de livres numériques académique, fonctionnement et usage

16 jan, 2013

Olivier Massé, IA IPR de lettres, présentera le projet académique Selinum lors de la journée d’Hendaye. Nous l’avons rencontré lors des rencontres « Au doigt et à l’œil » organisée par l’ANAE, et il a bien voulu nous dire répondre à nos questions sur ce dispositif.

- Qu’est-ce que Selinum ?

Selinum signifie SErveur de LIvres NUMériques. C’est un serveur qui vise à indexer tous les ouvrages libres de droits c’est-à-dire dont les auteurs sont morts il y a plus de 70 ans en règle générale, pour des auteurs français ou des traductions d’auteurs étrangers qui correspondent aux programmes d’enseignement du second degré (de la 6e à la Terminale). Ce serveur est développé par le Centre Régional de Documentation Pédagogique d’Aquitaine. Il suffit de taper « auteur 3e roman » et on obtient les auteurs correspondants, par exemple.

- Que peut-il apporter aux professeurs de lettres ? Est-ce un projet qui n’intéresse qu’eux ?

Il facilite leurs recherches relatives aux programmes, mais surtout cela leur permet de travailler les textes  : ils peuvent les télécharger et les retravailler en classe avec leurs élèves. Les élèves peuvent eux aussi télécharger les œuvres, car chaque personne de l’académie (élève comme enseignant) y a accès. Pour l’instant c’est limité aux programmes de français, mais cela peut se développer. Les ouvrages correspondant à l’enseignement en Lycée Professionnel ont été intégrés récemment. On peut imaginer d’aller vers le premier degré, même si ce n’est pas le cas pour l’instant. On peut aussi aller vers d’autres disciplines, il peut être utile à toute discipline qui utiliserait la littérature française.

Le numérique en lettres, interview d’Olivier Massé

Le numérique en lettres, interview d’Olivier Massé

11 jan, 2013

L’utilisation du numérique pour l’enseignement des lettres sera largement évoqué lors de la journée du 23 janvier : présentation de Selinum par Olivier Massé, sélection de ressources pour les lettres classiques par Alexandre Roffaré, démonstration d’un manuel libre et gratuit pour tablettes, par son auteur, exposé de Jean-Yves Bouton sur l’utilisation des cartes mentales, en lettres et au-delà, sans parler de tous les ateliers plus trans-disciplinaires qui pourront intéresser les enseignants de lettres…

Cette importance des lettres nous a amenés à interroger M. Massé, IA IPR de lettres dans l’académie de Bordeaux, sur l’utilisation du numérique dans cette discipline.


- On a parfois une vision un peu stéréotypée du professeur de lettres attaché au livre et à l’odeur de l’encre, peu intéressé par la technique, voire franchement hostile. Cette représentation correspond-elle aux enseignants que vous rencontrez lors de vos inspections dans les établissements de l’académie ?

Clairement non, elle ne correspond pas à ceux que je rencontre. Toutefois, dans la mesure où tous n’ont pas accès aux technologies, de fait, beaucoup peuvent travailler avec un livre sans problème, tout en étant tout à fait ouverts aux nouvelles technologies. Ils ne les connaissent pas forcément, c’est vrai, mais je crois que leur réticence n’est pas supérieure à celle du grand public : beaucoup de personnes évoquent l’attachement au papier, qui ne sont pas spécialement des professeurs de lettres. On a des idées préconçues à ce sujet.

Le fait est que parfois, dans les établissements, on équipe d’abord d’autres disciplines, parce qu’elles sont demandeuses, parce que leur programme demande une intégration du numérique et que les professeurs de français peuvent faire sans. Mais beaucoup aiment faire avec et c’est un plus. Par exemple, les professeurs de langues anciennes sont souvent férus de technologies et à la pointe, ce qui renverse un peu l’idée préconçue. Ce sont souvent eux qui ont déjà intégré le numérique parce qu’il existe des sites attractifs, parce qu’il y a des questionnaires, des images, qu’ils utilisent depuis longtemps.
En outre, c’est aussi toute la scolarité qui est attachée à l’écrit avec stylo et papier, et la préparation aux examens nécessite que l’élève travaille avec une copie et un stylo.

- Quels aspects des TICE sont particulièrement pertinents pour l’enseignement des lettres ?

Il y en a plusieurs : on peut citer l’image, les lectures avec des aides, des tailles diverses, des adaptations, en particulier pour certains élèves avec des difficultés de dyslexie ou autre.

Mais ce qui est le plus convaincant, pour moi, c’est l’écriture et le fait de pouvoir récrire facilement son propre texte : avec l’informatique d’une manière générale (même le simple traitement de textes le permet), on est moins attaché à l’idée qu’un texte est parfait dès le début, ce contre quoi les professeurs luttent quotidiennement. Un texte n’est jamais parfait dès le début, mais quand on regarde des textes d’auteurs, on ne voit pas toutes leurs réécritures, on voit tout de suite le travail achevé. Du coup, cela peut créer l’impression qu’un auteur écrit tout d’un coup, ce qui est évidemment faux.

Un des plus gros problèmes qui se pose dans la didactique du français est « Comment retravailler le texte ? ». Il se pose avec un stylo lorsqu’on rature, avec l’idée du brouillon, qui fait sale, qui n’est pas forcément très digne. Il est donc difficile d’intégrer cette dimension. Alors qu’avec les traitements de textes, le travail est propre. L’habitude de revenir sur le texte, le copié/collé, l’effacement font partie intégrante du processus d’écriture. Cela entraine une grande déculpabilisation par rapport aux erreurs, que tout le monde fait dans le processus d’apprentissage.
L’écriture peut aussi être collaborative, parce qu’avec certaines technologies on voit plusieurs écrans à la fois, que le professeur peut voir ce que fait l’élève directement. C’est un progrès considérable.

- Quelle évolution voyez-vous pour les TICE en lettres (autrement dit, y a-t-il un outil, une technologie, une pratique qui vous semble avoir un avenir particulier ?)

On évoque les jeux sérieux, qui peuvent être intéressants dans le cas de questionnaires de lecture, de défis-lecture.

Le fait de pouvoir combiner plusieurs sens, à la fois la vue et l’ouïe, par exemple, comme avec les tablettes tactiles, ou d’autres applications qui vont se développer, peut rendre les choses plus vivantes certainement.